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Dire la vérité au patientLe 16 Novembre 2002 - NANCY
Présidents : J.J. KRESS, D. SIBERTIN BLANC et N. LE DUIGOU + J.P. PAREJA

« Que faut-il dire aux patients ?. Il faut le leur demander »
Jay KATZ

ARGUMENT

« Dire la vérité au patient » est formulé sur le mode affirmatif, quelque peu « provocateur », comme si la vérité en elle-même était quelque chose de « bon », de simple : « la simple vérité », et quelque chose de facile à dire et à. entendre, comme si cela allait de soi ! Si le médecin détient certaines connaissances, détient-il la vérité ? Et quand bien même la détiendrait-il, il sait que : « toute vérité n'est pas bonne à dire ». Certes obligation est faite au médecin d'informer le malade et d'apporter la preuve que cette information a bien été faite et comprise. Tout ceci devant être guidé par : « l'intérêt du patient ». Qui peut savoir exactement quel est l'intérêt du patient ? Autrefois, le médecin était autorisé à aménager la vérité, voire à mentir, pour rassurer le malade et rester le messager de l'espoir. Aujourd'hui, le patient va avoir accès à son dossier médical. Quelles conséquences pour la relation médecin - malade ? Qu'est ce que le patient sait de sa maladie (ou le parent de celle de son enfant) ? Qu'est ce que l'enfant connaît de la mort ? La maladie est-elle la même pour le malade, la famille, le médecin  ? La vérité est toujours « relative ». Ceci explique qu'il est difficile de dire « l'exacte » vérité, comme si elle était la même pour tous. Quelles sont nos obligations légales et morales ? Et qu'en est-il lorsqu'il s'agit d'un enfant ? Une masse d'informations, souvent difficiles à déchiffrer, parfois même mensongères, sont aujourd'hui à disposition de tous ceux qui ont accès à Internet. La médecine ne serait-elle plus une rencontre singulière, mais, un bien de consommation, le malade devant lui-même peser risques et bénéfices des différentes options thérapeutiques. Toute dérogation à cette règle serait à considérer comme un « pouvoir médical paternaliste ». A priori, le médecin « cacherait » la vérité et le patient serait un plaideur en puissance. Les médias entretiennent ce climat de suspicion. Or n'y a-t-il pas des vérités dévastatrices et de pieux mensonges ? Peut-on, selon un protocole pré-établi, annoncer un diagnostic de la même façon à chacun ? Ce serait une relation déshumanisée, ce serait ne pas tenir compte de nos théories, de nos angoisses, de nos contradictions internes, de nos ambivalences et de nos systèmes de défense, des nôtres et de ceux des patients.

Quoiqu'il en soit, le médecin a toujours eu des choses à dire à son patient, même à tenir des propos aberrants comme le médecin de Molière : « Le poumon. le poumon, vous dis-je ! ».

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