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Adopter : un enfant, des parents, une culture, un idéal...
Le 17 Mars 2017

Nancy
Centre Psychothérapique de Laxou

ARGUMENT

Si « abandonner » signifie étymologiquement «  laisser à la merci de.. » (en référence aux bébés laissés dans les tours), son contraire, adopter, signifie prendre par choix, faire sien, et en droit, prendre légalement pour fils ou pour fille. Adopter c’est donc choisir, ce qui implique à la fois une exclusion, un consentement et un mouvement dialectique, adopter et être adopté.

Adopter un enfant aujourd’hui laisse-t-il un choix ?
L’adoption internationale connait une chute importante et régulière. La Convention de La Haye, le principe de subsidiarité, l’élévation du niveau de vie des pays d’origine, font que les enfants laissés à l’adoption internationale sont des enfants dits « à besoins spécifiques » c’est-à-dire des grands, des fratries, des enfants malades ou handicapés. Tous ces enfants sont loin du bébé en bonne santé rêvé par tout parent. Les longues institutionnalisations, les carences multiples, les traumatismes, les rendent plus vulnérables, plus en difficulté pour établir des liens d’attachement et de confiance, plus à risque de troubles psychiques. La recherche perpétuelle d’amour, sur un mode régressif, dépressif, agressif, jamais satisfaite, testant les limites des parents, mettent ceux-ci à rude épreuve, en particulier à l’adolescence et leur fait prendre conscience que leur amour ne suffit pas. L’adoption complique la crise identitaire à l’adolescence et le difficile travail de séparation-individuation qui doit se faire par rapport à deux couples parentaux : parents adoptifs et parents d’origine.

Cette évolution, qui multiplie les facteurs de risque et les échecs, nécessite une professionnalisation de tous les acteurs de l’adoption, une sélection et une préparation des parents, des enfants, un long suivi post-adoption et parfois des soins psychiatriques. L’adoption internationale en pleine crise ne peut faire l’économie d’une mutation profonde.

L’adoption nationale qui a toujours privilégié les liens biologiques, est, elle aussi, en pleine mutation. La nouvelle loi de mars 2016 relative à la protection de l’enfance devrait permettre, par la création d’un Conseil National de l’Adoption et par plus d’échanges interdépartementaux, un meilleur accès à l’adoption des pupilles de l’Etat et des enfants délaissés.

Adopter, ce peut être aussi adopter une culture, une religion, une idéologie, une loi, une politique… Dans notre société de plus en plus libertaire et de moins en moins contenante, « liquide », soumise à des migrations massives, des adolescents adoptent des comportements violents et destructeurs vis-à-vis d’eux-mêmes et des autres, cherchant dans l’alcool et la drogue un remède au vide de leur existence et parfois dans la radicalisation un sens à leur vie.

Enfin, cette journée centrée sur l’adoption de l’enfant qui est, selon la loi, censée être toujours faite dans l’intérêt supérieur de l’enfant, nous posera de plus en plus de questions vis-à-vis des droits de l’enfant et de l’éthique.

Colette Vidailhet        

 
   


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